Dernière mise à jour: 19/03/2025 10:40
Avec cette série de notes, je présente des opinions personnelles – en réaction à des discussions sur un réseau social – sur le réchauffement du climat. La présente note fait suite à celle-ci:
Réchauffement (3) — Jouer sur les mots?. Et pour accéder à l'ensemble des notes de cette série, cliquez sur ce tag:
NB
Peu après l'ouverture au public de cette partie, l'interlocuteur M2 a réagi. Comme il m'a demandé de ne plus recopier ses commentaires, je ne vais pas le citer ici. L'important est de savoir qu'il a exprimé un très vif rejet de la pertinence des interprétations et jugements que je fais de ses propos. Il m'a dit pouvoir penser que je suis calomnieux même s'il semblait me donner un certain bénéfice du doute. Il a terminé en me disant qu'il ne voulait plus traiter de cette matière avec moi.
Donc dans ce texte, et peut-être dans les précédents, je trahis les propos de M2. Ce qui est dommage, c'est qu'il n'a pas précisé les endroits où je le fait, ni ne me corrige. Je me vois donc dans l'impossibilité de réparer le tort que je lui ai causé.
Il faut savoir qu'avant d'écrire ces réflexions, j'ai envoyé à M2 une copie éditable du fichier des commentaires (Résumé) avec la demande suivante: “[C]omme il s'agit pour moi de me baser sur vos réactions, j'aurais besoin d'être certain de bien comprendre ce que vous y exprimez. (…)[J]'aimerais m'assurer que je ne trahis pas vos opinions, sinon cela ne servirait à rien, d'autant plus que vous vous êtes notamment exprimé dans un effort de clarification. Pourriez-vous corriger/préciser dans le doc en lien?” Il n'a pas donné de réponse.
Cela étant, et malgré la coupure de la communication qui a été fait à sa demande, je reste et resterai disposé à publier telle quelle une réponse de sa part, et ce quel qu'en soit le contenu et quelle qu'en soit la longueur.
Enfin, comme l'interprétation que je fais des propos de M2 se base aussi sur de nombreux critiques et reproches que je reçois quotidiennement d'autres personnes et que M2 ne m'a pas donné d'indications sur comment je pourrais mieux comprendre et intégrer tout ça dans mes réflexions, je n'ai pas à y corriger quoi que ce soit. En tout cas pas pour le moment.
Après avoir évoqué pourquoi j'estime que parler de “dérèglement climatique” au lieu de “réchauffement” est une dérive qui ne relève en rien d'un jeu sur les mots, dans la présente note j'entame ma présentation sur pourquoi
[j]e ne suis pas convaincu par les dossiers que je consulte qu'il est une certitude incontestable que le CO2 humain est seul responsable du réchauffement constaté
et pourquoi
… à mes yeux, il n'y a pas de “consensus scientifique” sur le fait que le CO2 soit le seul responsable du réchauffement constaté, que c'est un consensus politique qui a fabriqué l'idée d'un consensus scientifique.
Les opinions et explications que je présente ici se limitent au bref débat que j'ai eu l'honneur d'avoir avec deux interlocuteurs (M1 et M2) sur un réseau social, débat repris pour ce qui est des grandes lignes dans ce document: Résumé.
Malgré sa brièveté, ce débat a révélé une fois de plus comment, à mes yeux, certaines personnes – ici M1 et M2 – convertissent ce qu'ils appellent un consensus en une certitude ne tolérant pas le doute. Ils tiennent à qualifier ce consensus de scientifique, sans doute pour donner audit consensus une autorité de vérité objective et définitive indiscutable, au même titre que le consensus scientifique sur la rotation de la Terre autour du Soleil.
Alors que je reconnais qu'il y a consensus sur le fait que les activités humaines – émissions de CO2 et autres gaz à effet de serre (GES) –, et elles seules, expliquent le réchauffement planétaire observé depuis quelques dizaines d'années, je ne suis pas de ceux qui le qualifient de scientifique.
Pour moi, le consensus est politique.
Je pense qu'un consensus politique a initié, dès 1992 au moins, un mécanisme, voire un système, voué à fabriquer un dogme sous la forme d'un “consensus scientifique”. Je dis “voué” car, si ne je ne sais pas si cela a été volontaire ou pas, je pense que cette fabrication fut en quelque sorte programmée. Je pense que les experts et autres chercheurs qui ont participé volontairement à l'initiation de ce mécanisme y avaient adhéré politiquement, c'est-à-dire ont agi en tant qu'agents politiques. Si un ensemble d'experts appartenant à une même spécialité scientifique militaient pour un même parti politique, pourrait-on parler de “consensus scientifique” en faveur de ce parti politique? La même question se pose aussi si une majorité d'experts climatiques choisissaient de participer aux travaux gouvernementaux de la Convention climat.
Le mécanisme politique est connu. Pour des raisons et motifs politiques diverses, une idée de consensus indiscutable est créée et convertie en la bonne cause pour éviter une catastrophe de type “fin de l'humanité” ou “fin du monde”. L'adhésion à cette idée se fait via le credo d'un programme, un consensus, politique: ici le dogme de la responsabilité du CO2 anthropique devient une valeur de “gauche” (camp du bien), le contraire est une valeur d'extrême droite (camp du mal à isoler par “cordon sanitaire”). L'idéologie sanctifie alors les croyants, tandis que les non-croyants sont diabolisées et deviennent de dangereux hérétiques responsables de l'inaction et de la gesticulation des gouvernants tenants du consensus.
“Vous êtes soit avec nous soit contre nous.”
Devenus alors des éléments clé du blanchiment du dogme par le consensus politique, les milieux scientifiques, au fil du temps, se voient engagés dans une fuite en avant qui prend la forme d'un soutient inconditionnel au dogme quitte à fouler du pied les valeurs fondamentales de leur métier et leurs bonnes pratiques (le doute, le conflit, la remise en question, la gestion des incertitudes, la reconnaissance d'erreurs…). Compromis dans cette fuite en avant, ils en arrivent eux-mêmes à prétendre que le consensus politique pour lequel ils sont engagés est en fait scientifique et à s'en prendre aux “hérétiques”.
C'est ainsi que l'on rencontre toutes ces personnes, comme mon interlocuteur M2, qui affirment (résumé no 7):
… Et justement mon engagement sur le climat n'est pas scientifique, il est citoyen. Je ne suis pas expert, aussi je fonde l'essentiel de mes décisions personnelles sur la meilleure thèse possible à date, celle qui fait consensus scientifiquement…
Cet interlocuteur croit au caractère scientifique du consensus en la matière notamment parce que de très nombreux experts du climat (97% selon des sondages) votent en faveur dudit consensus.
Dans la foulée, cette personne, à mes yeux, inverse la notion d'engagement citoyen. Accorder une confiance aveugle à des experts scientifiques ayant adhéré à un objectif politique (le nom même du GIEC confirme son caractère politique) et agissant pour cet objectif, revient à mes yeux à démissionner de l'engagement citoyen. Faire confiance à la propagande politique aux dépends de sa propre réflexion critique est, je pense, un désengagement citoyen. C'est, dans ce cas, fermer les yeux sur les possibles et classiques dérives de blanchiment par le monde scientifique d'enjeux politiques. Cela se passe aussi en matière de Santé publique, où les gens disent “Si le fabricant du vaccin dit que c'est sûr et efficace, je n'ai d'autre choix que de le croire aveuglément, d'accuser de criminelles les personnes qui réfléchissent de façon critique, même à l'égard d'un fabricant reconnu corrompu et criminel récidiviste.”
C'est ainsi que l'interlocuteur, de bonne foi, croit agir, croit même lutter contre un système destructeur de la planète, démissionne en réalité, en s'en remettant – pieds et poings liés – à l'autorité politique chargé du maintien du système. Est-ce pour s'auto-valider qu'il condamne ses concitoyens qui prennent la peine de réfléchir et le risque de douter?
A mes yeux, croire scientifique le consensus politique qui affirme que le CO2 est responsable du réchauffement climatique, croire au point de considérer comme dangereux et condamnables tant le doute et la critique (du fait qu'elles affaiblissent les engagements) que le débat politique (parce que que le scepticisme politique nie la science“), montre l'impact réussi d'un mécanisme de propagande politique sur certaines mentalités .
La propagande n'a pas besoin de conspiration pour être efficace. Elle produit ses fruits naturellement lorsque l'environnement qu'elle aménage lui est propice.
Si j'insiste sur le fait qu'à mes yeux le consensus sur la seule responsabilité des gaz à effet de serre (GES) d'origine anthropique pour le réchauffement climatique (ou sur le fait que l'on ne peut expliquer le réchauffement constaté que par une accumulation dans l'air de ces GES – principalement le CO2) est politique et non scientifique, ce n'est pas pour réduire l'importance dudit consensus. Quoi de plus normal pour un monde politique responsable de rechercher le secours du monde scientifique lorsqu'il se trouve confronté à un problème environnemental complexe, potentiellement dangereux, impossible pour lui à cerner dans tous ses aspects avec certitude. Prendre des décisions, surtout au niveau planétaire, peut, de son point de vue, nécessiter un consensus général sur les faits caractérisant la problématique afin d'engager un minimum d'actions politiques pertinentes.
Pour le monde politique, le contenu d'un consensus scientifique s'inscrit dans un enjeu politique. Une fois établi, il est voué à servir dans les combats que se font les acteurs du monde politique. Une fois établi, il ne devra donc plus être changé ni remis en question
Dans le monde scientifique, un consensus est un simple accord sur un état de connaissances sur une matière donnée, un accord qui est constaté. Du fait combiné de la méthode scientifique qui encourage l'inlassable remise sur le métier et de la liberté de la recherche, pour constater un éventuel consensus, il faut que l'ensemble des scientifiques impliqués se réunissent d'une façon ou d'une autre à un moment donné pour faire le point sur leurs vues réciproques quant à l'état des connaissances en question et les comparer. Si un consensus se dégage de cette “réunion”, il sera alors constaté et pourrait être donné à d'autres “mondes”, comme au monde politique ou au monde marchand. Mais ces autres mondes doivent garder en tête que le consensus scientifique établi n'est qu'une photographie faite au moment de la mise au point. Un tel consensus constaté à un moment donné n'exclut pas que ce consensus ne soit plus constaté par la suite, ou plus dans les mêmes termes. Tout dépendra du chemin qu'auront pris les recherches qui se seront poursuivies librement dans le monde scientifique.
Pour le monde scientifique, le contenu d'un consensus est un simple constat, sans véritable enjeu. Il est destiné à pouvoir évoluer si cela s'avère nécessaire.
Ainsi, un consensus scientifique sur un état de connaissances, tout comme sa qualité, est déterminé à la fois notamment par le degré de liberté des travaux du monde scientifique en la matière, le degré de participation de tous les points de vues aux opérations de comparaison et de constat, le degré de complexité du sujet, le moment par rapport aux recherches où il a été constaté et la qualité de l'accord constatant le consensus.
Un consensus scientifique peut, selon les circonstances, revêtir un caractère d'autant plus potentiellement éphémère et incertain que les matières impliquées sont complexes, dépendantes d'une importante multi-disciplinarité, et pour lesquelles les recherches encore en cours ont une histoire relativement peu longue, et que l'accord le constatant est relativement peu soutenu au sein du monde scientifique. L'éphémérité potentielle et les incertitudes peuvent être à ce point importants que parler de consensus n'a plus de sens: le seul consensus que l'on peut constater dans certains cas sur l'état des connaissances d'une matière de recherche donnée est un consensus qui constate le non-sens d'un consensus tant il est fragile.
Comme l'écrivent J. A. Curry and P.J. Webster (“Climate change: no consensus on consensus”, 2012)
“Messes” and “wicked problems” are characterized by multiple problem definitions, the methods are open to contention and the solutions are variable and disputed, and “unknown unknowns” suggest chronic conditions of ignorance and lack of capacity to imagine future eventualities of both the problem and the proposed solutions.
Pour exploiter un tel consensus scientifique, le monde politique (ou marchand) devrait alors pouvoir tenir compte de son caractère très certainement éphémère et incertain et l'incorporer dans sa méthode de travail. Il s'agirait alors, par exemple, d'avancer dans la prise de décision de mesures avec prudence et par petits pas, en attendant que les choses se précisent au fil du temps car une décision ou une mesure prise trop précipitamment pourrait s'avérer inadéquate voire erronée ou pire. Il serait peut-être aussi judicieux de prévoir des mesures pour s'adapter en attendant que les choses se précisent davantage. Aussi, si le pouvoir politique est intéressé à voir évoluer le consensus vers plus de certitude le plus rapidement possible – par exemple du fait de l'implications de dangers et de risques –, il serait peut-être avisé de fournir un financement ou tout autre soutien ou assistance à l'ensemble des acteurs du monde scientifique impliqués dans les recherches dans le but de mobiliser toutes les “forces” de tous les bords de la façon la plus rapide et la plus efficace possible pour trouver au plus vite des pistes de solutions qui aient plus de chances d'être justes et adéquates.
Alors que le monde scientifique s’accommode aisément d'un consensus mou, mouvant, voire d'une absence de consensus et peut vivre avec l'éphémérité et l'incertitude quant à l'état général de connaissances d'une problématique, le monde politique et les batailles politiques en son sein ont besoin de certitudes établies une fois pour toutes – ce besoin s'expliquant par de multiples raisons, certaines sans doute louables d'autres sans doute moins. Du fait de ce besoin, dans le monde politique chaque partie s'évertue à créer des consensus, contrairement au monde scientifique qui se contente de les constater, et de les convertir en certitudes établies au service des divers combats politiques. Le monde politique (et marchand) se soucie se soucie plus de l'existence d'un consensus que de la justesse de son contenu car si le contenu devait s'avérer faux ou inutile, le monde politique (et marchand) peut toujours user de procédés de manipulation d'opinion, de propagande, de diabolisation des “sceptiques”, couplés à des méthodes de terrorisation du public et des mesures coercitives et répressives même absurdes.
Dans le monde politique, le consensus est une construction dirigée par et pour une volonté politique où la fin peut justifier tout moyen, tandis que dans le monde scientifique, le consensus est un état des lieux suite à un cheminement. Pour le premier le consensus est un enjeu politique, pour le second le consensus est au mieux simplement intéressant au pire un défi à construire pour le monde politique.
Du fait que le monde politique fabrique les consensus selon les enjeux politiques, il est courant de le voir tendre à en fabriquer aussi le contenu pour pouvoir l'utiliser efficacement dans ses combats politiques. Ainsi, lorsqu'un pouvoir ou une autorité politique fait dépendre ses décisions dˆun “consensus scientifique”, au lieu d'adopter une approche de prudence et de petits pas comme décrit ci-dessus, il va tenter d'engager le monde scientifique à prendre part dans le processus politique pour qu'il fabrique un consensus qui pourra le soutenir dans ses combats politiques. Le monde scientifique et ses membres peuvent alors soit prendre la décision politique de s'engager dans l'arène politique qui leur est ainsi offert en faisant entrer voire conformer leurs travaux au consensus en fabrication – ils agiraient alors comme acteurs politiques en soutien à l'autorité politique au service de laquelle ils se mettent – soit décider de garder leur travail scientifique politiquement neutre, et de poursuivre leurs travaux libres de tout enjeu politique – ce qui ne les empêcherait pas de participer aux enjeux politiques par ailleurs comme tout citoyen.
C'est pour cela que je considère que si un “consensus scientifique” a été constaté selon les critères du monde scientifique, il s'agit d'un consensus réellement scientifique qui se valide scientifiquement. Mais s'il a été fabriqué par et pour une volonté politique, le consensus est automatiquement politique de nature dont la qualité scientifique devra être continuellement et scrupuleusement vérifiée, analysée de façon critique, remise en question, et placée dans son contexte réel.
Cela étant dit, rien n'empêche en principe qu'un “consensus scientifique” fabriqué par et pour le monde politique (et marchand) soit réellement validé scientifiquement, surtout si cette fabrication a été entreprise en laissant la science à la science, c'est-à-dire inclusive à tous et toutes directions, ouverte aux idées critiques, attentive à tous les résultats…
L'on est donc en droit de se demander si cela est le cas pour ce qui est du “consensus scientifique” sur le CO2 anthopique comme élément responsable du réchauffement climatique constaté.
Dans la cinquième partie de cet essai, je vais expliquer pourquoi j'estime que cela n'est pas le cas. A mes yeux, l'ensemble des travaux scientifiques sur le climat (recherches, validations, publications, interprétations, présentations, vulgarisations…) ont été, à travers le monde, intégrés dans un système totalement placé sous l'emprise d'un procédé qui est à la fois l'ami numéro un de la politique populaire et l'ennemi numéro un de la science et des méthodes scientifiques, à savoir le biais de confirmation – systémique dans le cas concerné ici.
Dans la sixième partie, je parlerai plus précisément des doutes que j'ai, en conséquence, sur la responsabilité du C02 pour le réchauffement climatique.