En me levant ce matin, j’ai envie de méditer dans une église. Après le petit-déjeuner, je vais à celle de Saint- Amand qui se trouve près de la chambre d’hôtes. Fermée. Je cherche l’autre église, de l’autre côté de la ville. Fermée. Un peu déçu, je me mets en route. J’essaie l’église d’Orval. Elle est remplie de monde, il n’y a plus de places assises. Beaucoup de mamans avec des poussettes. Les gens entrent encore. Le petit couloir à l’entrée ne suffit plus. J’ai du mal à me frayer un passage pour sortir. J’essaie l’église de Laie. Fermée À Laie, je prends un café dans un restaurant où je suis effaré de voir des gens déjeuner encore à cette heure. J’y verse les premières larmes de ce Compostelle. En sortant, je me déboîte l’épaule gauche en mettant mon sac à dos. Je me retrouve sur une aire de pique-nique avec une épaule en spasmes refusant de reprendre sa place. Je lui laisse le temps de ses refus, puis je parviens à la remettre doucement en place. Je trouve ensuite un moyen doux pour enfiler mon sac à dos. Je m’assieds sur le banc. Larmes. Je veux être dans des bras. Les miens n’ont plus ma confiance. Je reprends ma route : deux kilomètres seulement pour rejoindre le refuge. L’épaule est douloureuse. Je vais devoir faire attention chaque fois que je mets et enlève mon sac. Cette luxation m’isole en moi-même. Je cherche un autre lieu en moi disposé à accueillir ma solitude. En cherchant, je me rends compte que cette « sortie de gonds » est liée au constat d’hier de sortie du pèlerin de ses ornières. Comme un rite de passage. Elle montre la sortie de et vers moi-même. Les églises ont beau être fermées, mon épaule me montre un chemin ouvert. Elle exprime le fait que depuis ce matin je me sens décidé d’aller jusqu’au bout. Quoi qu’il advienne.